- Guillaume Obin
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Dernièrement paru aux Éditions Biotope, le livre Acoustique des Sauterelles, grillons et courtilières de France, Belgique, Luxembourg et Suisse de Julien Barataud constitue une nouvelle référence scientifique de terrain en entomologie acoustique.
Grâce aux progrès de la biologie acoustique, les naturalistes peuvent aujourd’hui enregistrer et analyser les signaux émis par les animaux dans des gammes de fréquences souvent inaudibles pour l’oreille humaine. Les appareils d’écoute ultrasonore permettent ainsi de capter non seulement les émissions des chauves-souris, mais aussi les chants des orthoptères tels que les sauterelles et les grillons.
Julien Barataud a consacré ses recherches à l’étude des signaux produits par les sauterelles, les grillons et les courtilières. Il a pu en caractériser les différentes fonctions – appels des mâles, réponses des femelles, structures des stridulations – et propose aujourd’hui un guide de reconnaissance acoustique des espèces présentes en France et dans les régions voisines.
Dans cet article, nous vous conseillons le matériel adapté à l’écoute des orthoptères, en nous concentrant plus particulièrement sur les ensifères. Les criquets, majoritairement diurnes, se repèrent encore aisément par observation directe.
Sauterelles (Tettigoniidae)
De nombreuses espèces émettent des stridulations audibles mais aussi des ultrasons, entre environ 10 kHz et 60 kHz.
Les principaux critères de choix d’un détecteur à ultrasons pour l'étude des sauterelles sont :
- Plage de fréquence couvrant 10 à 60 kHz
- Microphone directionnel pour localiser l’individu et réduire le bruit de fond
- Mode d’écoute hétérodyne, pratique pour l’écoute en direct mais limité pour l’étude et l’identification poussée
- Mode expansion de temps, idéal pour l’analyse complète du spectre et de la structure des stridulations
- Fréquence d’échantillonnage élevée (idéalement 384 kHz)
- Résolution d’enregistrement en 16 bits
| Matériel | Plage de fréquence | Mode hétérodyne | Expansion de temps | Micro directionnel | Fréquence d'échantillonnage | Résolution | Commentaires |
| 10 – 192 kHz | Oui | Oui | Semi-directionnel | 256 kHz | 16 bits | - Ultra compact (20g) - Se connecte à un smartphone (écoute et visualisation du spectre via une application) - Version non Pro moins sensible sur les fréquences au-delà de 120 kHz (moins efficace pour les chiroptères) - Version Pro contrôle du gain (FAIBLE, MOYEN, ÉLEVÉ), utile pour signaux faibles d’orthoptères |
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| 10 – 192 kHz | Oui | Oui | Semi-directionnel | 384 kHz | 16 bits | ||
| 10 – 192 kHz | Oui | Oui | Semi-directionnel | 384 kHz | 16 bits |
- Ultra compact (25g) - Se connecte à un smartphone, tablette ou PC (Windows, macOS, Linux, Android, iOS) - Microphone : MEMS (sensible à certains bruits électroniques ou interférences, réponse en fréquence limitée) |
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| 10 – 160 kHz | Oui | Oui | Oui | 384 kHz | 16 bits |
- Se connecte à un smartphone, tablette ou PC (Windows, macOS, Linux, Android, iOS) - Microphone électret (haute fidélité et excellente sensibilité) - Peut-être utilisé en omnidirectionnel ou directionnel - Usage professionnel |
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| 10 – 120 kHz | Oui | Oui | Oui | 307 kHz | 8 bits |
- Détecteur autonome - Permet des enregistrements courts (0,1 à 3,4s) via un enregistreur (entrée jack) - Usage professionnel |
Tous ces modèles permettent d’enregistrer, puis d’analyser sur logiciel les sons obtenus, facilitant ainsi l’identification des espèces à partir de leurs stridulations.
Julien Barataud utilise principalement le Pettersson D240X pour les inventaires de terrain, en raison de sa compacité et de sa grande praticité. Ce détecteur permet de basculer instantanément entre les modes hétérodyne et expansion de temps, combinant ainsi deux approches d’écoute précieuses : le rythme et la gamme de fréquences perçus en direct, et le détail de la structure acoustique en lecture ralentie.
Ses limites résident néanmoins dans l’impossibilité d’enregistrer de longues séquences en expansion de temps, faute de carte mémoire intégrée, et dans une résolution de 8 bits générant parfois saturation et bruit de fond. Pour ses enregistrements de référence, l’auteur privilégie donc des détecteurs à résolution plus élevée.
Grillons et courtilières (Gryllidea)
Leurs stridulations, principalement comprises entre 2 et 8 kHz, se situent dans la gamme audible. Les détecteurs à ultrasons, dont les fréquences de détection démarrent généralement à 10 kHz, ne conviennent donc pas à leur enregistrement.
Les critères de choix pour leur écoute sont :
- Plage de fréquence couvrant 2 à 8 kHz
- Microphone directionnel pour limiter le bruit ambiant et identifier la source
- Fréquence d’échantillonnage élevée (96 kHz recommandés)
- Résolution de 16 bits minimum
| Matériel | Plage de fréquence | Microphone | Fréquence d'échantillonnage | Résolution | Commentaire |
| 20 Hz – 20 kHz | Directionnel | 96 kHz | Selon enregistreur |
- Requiert un enregistreur externe (type Zoom) - Compatible smartphone |
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| 20 Hz – 20 kHz | Semi-directionnel | 96 kHz | 24 bits |
- Enregistreur portable polyvalent - Compatible mini-jack et XLR |
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| 20 Hz – 20 kHz | Semi-directionnel | 96 kHz | Selon enregistreur |
- Microphone très polyvalent - Adaptable à divers montages (parabole, stéréo, etc.) |
Période optimale d’écoute
L’écoute des orthoptères, en particulier des ensifères, est recommandée du milieu du printemps au début de l’automne, avec un pic d’activité entre juillet et septembre, lorsque les températures élevées favorisent la stridulation et les conditions d’enregistrement optimales.
Pour toute personne souhaitant approfondir la bioacoustique des orthoptères et s’équiper efficacement, le livre Acoustique des Sauterelles, grillons et courtilières de France, Belgique, Luxembourg et Suisse de Julien Barataud constitue une ressource incontournable. Alliant rigueur scientifique et conseils de terrain, il accompagnera naturalistes, chercheurs et passionnés dans leurs inventaires et observations acoustiques.
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